mercredi 23 avril 2008

Fragments

Moins que des orphelins, des griphonures extraites de Miloch, mon carnet Moleskine (bizarre à dire, mais ce sont des extraits intégraux ^^)

« Il a des rêves, cet homme-là. Il a de l'ambition. Il sait où il va, ce qu'il veut pour lui et les siens. Car en plus d'avoir une bonne tête, une belle tête solide et qui sait penser, il a des valeurs. Des principes. Il n'oublie pas ses racines, il sait d'où il vient et ce qu'il doit à qui.
« Et à moi... Je ne sais pas si c'est une bonne ou un mauvaise chose, mais il en doit beaucoup. »
21/4/08

« Tu sais Maurice, ce qui m'a surpris dans ton analyse – enfin, bien sûr "surprendre" n'est pas le bon terme, ah ah ah... Non, ce qui m'a le plus surpris, c'est que tu parles des juifs comme d'êtres humains à part entière. Voudrais-tu bien t'expliquer plus avant sur ce point, si ça ne t'embête pas ? :) »
23/4/08
(1h25 du matin)

vendredi 21 mars 2008

Les jambes des grandes personnes sont une forêt inextricable où règne la nuit

Je ne suis pas absolument sûr que ça se soit vraiment passé, c'était peut-être un rêve.

J'étais petit. Je crois que nous étions en vacances. Mon père et moi nous étions dans une espèce de fête de village, le soir, dans une rue bondée où on pouvait à peine bouger tant les gens étaient serrés les uns contre les autres. Tout le monde poussait plus ou moins ceux de devant, poliment, aimablement, en essayant de ne pas dire « Pousse-toi de là grosse vache, tu me sues sur l'épaule et tu m'empêche d'avancer ».

Je me suis accroupi et j'ai regardé autour de moi pour trouver un chemin permettant d'avancer dans cette forêt de jambes pantalonnées. J'ai trouvé un passage, et je me suis frayé dedans en rampant. A certaines intersections il fallait faire un choix, et comme il était difficile de se repérer
là-dessous je n'étais plus tout à fait sûr d'avancer dans la bonne direction. A un moment, je me suis rendu compte que mon père ne m'avait pas suivi. Ou peut-être s'était-il perdu en route ?

Je suis revenu sur mes pas, soulevant sur mon passage des rires, des exclamations, des rouspétages indignés loin au-dessus de moi. Je me rendis compte que l'itinéraire que j'avais suivi s'était effacé au fur et à mesure de ma progression : des murs s'étaient dressés, des portes s'étaient ouvertes, des clairières se découvraient où je croyais trouver un point de repère (un gros, un chien, une jupe particulièrement laide...)

Je commençais à avoir un peu peur. Allais-je devoir passer la nuit ici ? Je n'avais pas prévu de quoi camper. Au matin, sans doute y verrais-je plus clair. J'en étais là de mes considérations quand un rugissement de rage retentit, suivi presque immédiatement d'un coup de feu. La foule de grandes personnnes hurla de peur, et s'écarta comme une marée en hurlant de terreur. Je vis que je n'étais pas du tout dans la bonne direction pour retrouver mon chemin. Puis je vis, au milieu de la route, mon père tenant un revolver pointé devant lui, légérement en l'air. Le bras tenant l'arme semblait tirer son épaule en avant, tandis que son autre bras était baissé et à l'écart du corps. Son regard perçant était fixé sur moi.

Il baissa son revolver et le remit à sa ceinture, puis marcha vers moi d'un pas augurant du pire pour ma pomme. Il posa sa main sur mon épaule.

« Seuls les enfants qui ont quelque chose à se reprocher fuguent, fils.

Je n'ai pas fugué, Papa !

Ah non ?

Je cherchais un chemin vers le bout de la rue. Je pensais que tu me suivais, mais quand j'ai vu que tu n'étais pas derrière je n'ai pas pu retrouver mon chemin. Tout était mélangé et...

Ca va, allons... Rentrons au centre de vacances, on pourra peut-être avoir la fin de la Soirée Karaoké. »

Il me prit dans ses bras et nous nous envolâmes pour filer dans la nuit, sans un bruit.


Je ne suis pas absolument sûr que ça se soit vraiment passé, c'était peut-être un rêve.

jeudi 20 mars 2008

Au collège

Quand j'étais au collège, un jour, pendant un cours, le prof parlait et soudain quelqu'un dans la salle a fait un pet énorme, la crécelle caverneuse qu'on n'entend que dans les films, qui résonne comme un tremblement de terre. Tout le monde s'est retourné, sans rigoler parce qu'on ne savait pas trop si c'était un troupeau de Jumanji qui nous fonçait dessus. Le type qui avait pété essayait de cacher que c'était lui, il regardait autour de lui avec un petit sourire paniqué au bord des larmes qu'il essayait de faire passer pour de l'incompréhension. Quand il a compris qu'il avait "grillé sa couverture", il s'est mis brusquement à rire, de plus en plus fort, la tête contre sa table et entre ses poings serrés. Mais ce rire l'a involontairement fait péter à nouveau, à répétition, façon mitrailleuse. Plus il riait, plus il riait fort, plus il pétait fort. Au moment où on a cru qu'il allait se chier dessus ― on le regardait tous sans rire, stupéfaits par une espèce de terreur incrédule ― il s'est levé en catastrophe, faisant au passage tomber sa chaise sur le carrelage, et a couru vers la porte de la classe. On ne l'a pas revu avant le lendemain.

jeudi 21 février 2008

Looking for MUSIC!

Salut à tous !

Je viens de prendre une grande décision : je vais m'intérésser activement à la musique ! o/ Comme je n'y connais foutrement rien et souhaite démarrer à zéro, j'aimerais savoir si vous avez des recommandations à me faire quant à des artistes, chanteurs, groupes, albums qui mériteraient selon vous que j'y jette une oreille ? Je compte remplir mon répertoire de musique de tout un tas de bordel, et trier à l'empirique, à coup de j'aime, j'aime pas, j'aime pas, j'aime...
Je fais chauffer Azureus, j'attends... Impatiemment... :D Proposez moi tout, proposez moi n'importe quoi, je me dépatouillerai du tout !


Edit : je vous demande juste des noms, en vrac... Une playlist Deezer ou Last.fm, ou une proposition de me pointer chez vous pour charger 8 gigas de zique m'intéresse assez peu ! :/
On m'a demandé plusieurs fois "Quel genre de musique tu veux ?" Il faut savoir que je n'écoute... N'ai écouté, jusqu'à présent, pratiquement pas de musique, et je n'ai pas vraiment de goûts musicaux pour l'instant. Donc quand je dis "de tout", c'est vraiment DE TOUT !!! ^^ Plus c'est dispersé et mieux c'est !
Merci.

mardi 19 février 2008

Orph013

« J'vous emmène ?

– Non merci, Monsieur. C'est gentil, mais j'aime bien marcher. »

L'homme fronça les sourcils, eut l'air de croire que je n'avais pas compris sa question. Il se pencha un peu plus sur le siège passager de sa camionette, et dit plus fort, en articulant autant que ses dents manquantes le lui permettaient :

« J'VOUS EMMENE, QUE J'DIS ??!
– Monsieur, je vous remercie mais NON, ça va, j'aime marcher ! Je vais marcher jusqu'au prochain village ! Ca va, merci. »

Il semblait maintenant interloqué par ma réponse. Il ne savait pas trop si j'étais fou, attardé ou simplement bouché. Je dois dire que j'en étais au même point. Il se remit d'applomb sur son siège, le regard droit sur la route, la ligne du dos crispée, semblant réfléchir de toutes ses forces.

Puis il se pencha derechef vers moi, toujours sans arrêter son véhicule. Sa trajectoire déviait à droite quand il faisait ça, et je craignais de ne devoir bientôt marcher dans la boue du fossé.

« J'VOUS DEPOSER... »

Il s'arrêta au milieu de sa phrase, se redressa et regarda à nouveau sa route, puis revint aussitôt vers moi :

« J'vous déposerais pas à Montfracours, dites ? Son ton était plus doux, et une ébaûche de sourire se dessinait sur son visage creusé de rides : on aurait dit qu'il s'exprimait auprès d'un enfant peu éveillé. Il arrêta complètement la voiture, et je me penchai devant la fenêtre tandis que Suraj flânait autour et reniflait les pneus.

– Vous savez, Montfracours c'est à bien huit bornes, z'y s'rez pas avant la nuit ! J'ai d'la place à l'arrière pour vot' sac et vot' chien, pis j'ai jamais vu dire que j'mangeais les gens moi.

Il émit un rire monophonique qui ressemblait à un claquement.

– Monsieur, c'est très gentil à vous de proposer, mais je compte marcher tant que je pourrai, et camper dans un champ quand moi ou mon chien sera fatigué. Je marche depuis deux cents kilomètres, ce n'est pas la première fois que je fais ça. J'ai l'habitude, ça va. Mais merci. »

J'avais fait mon possible pour parler lentement et distinctement, en surveillant son regard pour être sûr qu'il comprenne.

Sa perplexité semblait maintenant totale. Il me fixa encore quelques secondes dans les yeux, puis se redressa à nouveau sur son siège. Suraj, qui avait fini de parfumer la roue avant gauche de la camionette, revint à côté de moi en quémandant une caresse. Je lui frottai la tête et derrière les oreilles. La main sur le frein à main, l'homme dit :

« Bon... »

Il me regarda à nouveau, hésitant :

« Bon ben... Ben bonne route, hein. Ben salut.

– Au revoir. »

Il démarra, et je regardai le véhicule s'éloigner en cahotant sur la route. En fait, même quand il regardait la route, sa trajectoire n'était pas des plus certaines.

Je croisai le regard de Suraj.

« Je sais pas si tu comprends mieux les hommes que moi, mon vieux... »

Je massai mes épaules endolories par le poids du sac, et reprismon chemin. A peine avais-je parcouru dix mètres, que le chant nasillard d'une marche arrière me fit lever les yeux du bout de mes pieds.

C'était lui : il revenait.

Il passa la tête par le toit ouvrant et beugla, à cinquante mètres de moi :

« J'TROUVE CA SUPER, C'QUE VOUS FAITES ! C'EST COOL ! Un bon jeune ça, un bon jeune ! Au revoir ! Bonne route, et bonne nuit ! »

Puis il rentra dans l'habitcle et repartit, sa main s'agitant toujours par le toit ouvrant.

Je suivis la camionette du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans l'ombre d'une forêt, à moins de deux kilomètres.

« Ben mon vieux... Les gens sont comme ça. »

Je passai un instant la main sur le pelage du flanc de Suraj, qui commençait à s'agiter, désireux de repartir.

Nous passâmes la nuit dans la forêt que j'avais aperçue un peu plus loin, et je ne revis jamais l'homme.


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Lion, de son prénom Fred, est un type qui existe, même qu'il est encore vivant et qu'il a l'air bien parti pour vider tout mon stock de bière à mon anniversaire. Il est allé jusqu'en Inde à pied avec son chien Suraj, et est resté quatre ans loin de sa dulcinée avec qui il vit aujourd'hui à Aix-en-Provence.
(mais on s'en faut que ce soit exact ou non, ça fait glamour ! Et le glamour, PUTAIN, c'est super important !!! oO)

dimanche 10 février 2008

Chilerk is alive

J'en parlais depuis longtemps, alors voilà je vais le faire : je vais vous présenter mes premières productions littéraires. Attention ça va décoiffer.

Je commence avec l'une des versions de l'histoire d'Eroman, que j'ai retrouvée récemment au fond d'un sac de colo puant le pique-nique défraîchi (cette odeur fait partie de mes grands souvenirs du Temps Béni des Colonies... Sans vouloir taper dans la référence douteuse XD) Eroman fut le grand héros de mon enfance, un héros tout ce qu'il y a de plus chiant, typique, innintéréssant ; le type dont je réinventais l'histoire tous les soirs dans mon lit quand je n'arrivais pas à dormir. Il a vécu des milliers d'aventures incroyables ce gars-là, mais il faut bien avouer que c'était toujours pareil : une jolie fille à sauver, des extraterrestres pas malins, et une grosse explosion à la fin dont le héros se sortait en jetpack, tenant la bonnasse serrée dans ses bras. Une grande époque.
Plusieurs fois, j'ai essayé d'écrire son histoire, en commençant par son enfance et comment il a obtenu ses super-pouvoirs, j'ai d'ailleurs le souvenir de l'une d'entre elles... C'était nul à chier...
En revanche, la version qui suit avait été totalement occultée de ma mémoire. Je ne suis sûr de rien, mais je devais avoir autour de neuf ans. (soyez heureux, je vous épargne le déchiffrage de l'écriture tremblotante et irrégulière au feutre orange ; en revanche, je vous laisse les fautes à la lettre près ;))
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Eroman I
Chilerk
La Pierre

En revenant du sport, Jack, 19 ans, découvrit une pierre brillante encastrée dans un mur. Il débloqua et la fourra dans son sac sans se douter des aventures qu’il allait vivre aprés cela. Il parti ensuite ensuite en direction de chez lui. En entrant chez lui, il passa un coup d’oeuil dans la cuisine et fonça dans sa chambre. Il sortit de son sac la chose qu’il avait trouvée et remarqua une fente sur son flanc. Il y glissa ses doigts pour l’entrouvrir et c’est ce qui se passa. Un air nauséabond en sortit et le fit chanceler. Il se sentit ensuite bizarre. Soudain, la fenêtre vola en éclats et un mélange de monstre vert et de croutes rouges entra dans la chambre par la même issue :
Je suis CHILERK !!! tonna-t-il.

A SUIVRE…


Eroman II
Chilerk

Sur le moment, j’eus envie de lui dire :
« excusez-moi, vous pourriez repeter ? » mais lorsque-il fit eclater mon armoire, je repris mes esprits et fonçais entre ses jambes poilues. J’aterris devant la fenêtre et essaya de sauter jusqu’au muret, à 3m de là, et pour m’aider, je vola. Voler ? Mais je volais ! Bon, il fallait me rendre à l’évidence : cet air, sortit de la pierre m’a donné des supers-pouvoirs. Ce CHILERK veut me détruire. Pourquoi ?
Apparement, il pouvait lui aussi voler, et rattrapait : il avait plus d’expérience dans le vol que moi.


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Bon, on est d'accord ? Enorme, non ? :D

Avec ces deux feuilles il y avait une troisième, avec trois rectangles tracés en haut. Dans le premier, le titre "EROMAN I : Chilerk" était écrit en gros. Je suppose qu j'avais dans l'idée d'en faire une BD... Heureusement que j'aie pas eu le temps de m'attaquer aux dessins >__>
En découvrant ça par hasard au fond d'un sac, j'ai réalisé que j'avais été ma propre inspiration pour Galumo, la grande oeuvre de la fin de mes années de collège. Cette nouvelle part en fait de la même situation de départ que le texte ci-dessus. Cette idée a du me trotter dansla tête pendant des années, pour que je la reformule quatre ou cinq ans plus tard sans même me souenir de l'avoir déjà fait...


Allez, je vous laisse pas refroidir, avec LE PRINCE ERIC, mon tout premier texte : durant un repas de famille chez mes grand-parents (notons que mon oncle, peut-être présent ce jour-là, se prénomme Eric), je m'ennuyais, j'ai pris une feuille et j'ai écrit le brouillon de cette histoire. Le soir-même, aidé par mon père, nous mettions ça en forme sur notre modernissime ordinateur équipé de Windows 3.1 (quoique... on était peut-être déjà passés à Win95...), et on l'imprimait. J'ai passé une nuit sensationnelle à me construire des projets d'avenir flamboyants n tant qu'écrivain. Le lendemain matin, je distribuais mon papier dans la cour, et j'ai reçu les éloges de mes camarades et du Maître. \o/ Musique !!

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LE PRINCE ERIC


Il était une fois un prince nommé ERIC. Un jour, son père, le roi entendit parler d'un dragon installé en France. Alors il dit à son fils ERIC : « Mon fils, il faut que tu arrêtes ce dragon » . « Oui, papa » . Eric obéit aussitôt à son père. Il prit son armure et partit à cheval. Peu après, ERIC rencontra le dragon. « Alors, Dragon, quand voudras-tu quitter la France?! », cria le prince au dragon. «JAMAIS ! » répondit le dragon. « Alors je décide un combat ». Pour commencer, le dragon lançat quelques flammes vers ERIC, il le rata et le prince lançat son épée et toucha la dragon.
Ainsi la vie reprit normalement.


4 juin 1995


Emilien Martin


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Si j'ai bien perdu quelque chose entre temps, c'est le sens de la concision... >__> Je serais incapable de réécrire un truc pareil aujourd'hui, au niveau de la densité narrative !
Comme pour Eroman, je n'ai pas changé un caractère du texte. Je pense qu'il apparaît clairement que mes parents m'ont aidé au niveau de l'orthographe, et peut-etre même de la syntaxe. Je crois que je leur en veux pour ça. (en plus, ces nuls ils en ont laissé passer... >__>)
La dernière ligne du texte demeura mon excipit favori et exclusif pendant des années. Je le plaçais à la fin de tous mes textes et rédactions, même s'il a progressivement évolué en "Ainsi la vie reprit son cours normal". Jusqu'au jour où l'institutrice m'a dit que ça faisait un peu trop passe-partout... Pendant un temps, j'ai considéré qu'elle manquait singulièrement d'audace littéraire. (c'est d'ailleurs aujourd'hui encore l'excuse que je me trouve généralement quand je veux rejeter une critique qui m'est faite)


Alors, vous en êtes encore tout chauds dedans ? :)

Edit : je précise que je n'ai jamais lu Le Prince Eric de Serge Dalens, et que je n'ai d'ailleurs découvert l'existence de ce bouquin que plusieurs années après avoir écrit ma propre mouture.
Edit2 : normalement dans LE PRINCE ERIC il y a des gros chevrons de barbare en lieu et place de guillemets, mais Blogger les considérait comme des balises HTML donc n'affichait pas leur contenu... :/ Donc je vous ai mis des vrais guillemets de pgm. /o/

samedi 26 janvier 2008

Orphelin douxième

J'ai décidé de ne plus me faire chier avec les titres de mes orphelins. Sauf si une idée particulièrement heureuse me vient à l'esprit, ils porteront désormais un simple numéro. Déjà dépourvus de parents, les pauvres petits n'auront même plus de nom... Qu'il est dur d'être un texte, de nos jours.
Celui que je vous présente aujourd'hui est donc l'Orphelin Douzième (j'ai arbitrairement commencé la numérotation à 11, dans l'incapacité de dénombrer ceux existants), et un de mes préférés. Le premier paragraphe (jusqu'à "nous ne nous serions connus, sans doute") a été écrit voilà un mois environ, mais les principales idées pour la suite étaient déjà dans ma tête. Je songe à la suite, mais évidemment ne vous attendez pas à grand chose, vous avez 90% de chances d'être déçus...

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Henry était parti devant pour voir de quoi il s'agissait. Alice, Percy et moi-même étions restés en retrait, près des chevaux, quand il ne nous aurait rien coûté de plus d'aller jeter un œil ensemble sur nos montures. Henry était clairement le plus courageux d'entre nous. Le plus téméraire, le plus fou, le plus chevaleresque. Sans lui, jamais nous ne nous serions lancés dans ce voyage. Maintenant que j'y pense, sans lui jamais nous ne nous serions connus, sans doute. Jamais nous n'aurions connu l'Enfer.

« Alors ! De quoi s'agit-il, Henry ? »

C'était Percy qui avait crié cela. Sa voix mélodieuse, poussée à crier, et teintée de l'inexplicable angoisse qui nous étreignait comme en préambule des événements ultérieurs, était devenue un croâssement sec et rugueux, glissant sur cette étendue désertique. Aucun son ne résonnait, tout était lamentablement desséché, aride, mort dans cette vaste steppe où régnait la poussière et les violentes bourrasques agitant les touffes d'herbe à l'aspect fossilisé. Qu'étions-nous venus chercher dans cette haine atroce ?

Agenouillé près de la forme sombre allongée dans l'herbe sèche, Henry avait relevé la tête vers nous. Il était trop loin pour que nous puissions distinguer l'expression de son visage

« Vous devriez venir voir, cria-t-il simplement en réponse. »

Pour une raison qui m'échappe encore, nous mîmes pied à terre et marchâmes pour rejoindre notre compagnon, guidant les chevaux à la longe. Quand nous fûmes à vingt pas, Alice poussa un petit cri, articula quelque chose comme « Mais qu'est-ce que... » Elle fit quelques pas en courant vers la forme curieuse et Henry, qui n'avai pas bougé, puis revint se blottir dans les bras de Percy, haletante, au bord des larmes.

Percy n'avait encore rien vu, ma jument — Armaeï — lui bouchant la vue.

« Alice, qu'y a-t-il... ? Qu'as-tu vu ? »

Alice ne répondit pas. Percy se détacha d'elle un instant, et retourna son regard vers Henry et sa trouvaille. Je les avais déjà rejoints, et me tenais debout à côté de Henry. Raide, insensible, froid, mon regard figé sur le corps d'un homme étendu sur le sol. L'état de désséchement de son visage semblait indiquer qu'il était là depuis plusieurs mois. Ses vêtements de type occidental trahissaient son origine. Il ne portait nulle blessure apparente. Ses yeux était clos, ses traits sans expression. Ses cheveux bruns étaient tirés en arrière et retenus par une ficelle. Il était probablement beau.

« Il est mort. » déclara Percy.

Henry regarda son frère comme s'il le voyait pour la première fois :

« Merci Percy, sans toi je crois que nous ne serions jamais arrivés à une conclusion si éclatante de vérité.

- Partons d'ici. »

La voix d'Alice avait semblé un hurlement dans le relatif silence de la scène. Percy se retourna vers elle. Henry lui faisait déjà face et je n'avais qu'à tourner la tête.

« Partons d'ici avant qu'il ne nous arrive malheur. Il ne fait jamais bon à rester auprès d'un mort.

- Mais ma douce, nous ne pouvons pas laisser ce malheureux ici, sans sépulture, sans nom, sans mémoire...

- Je veux partir d'ici ! »

Cette fois, elle avait vraiment hurlé. Elle semblait furieuse. Ses poings étaient serrés, son front plissé et ses joues se rosaient malgré le vent piquant.

« Je m'oppose, dis-je, à ce que nous laissions un homme gisant au milieu de ce désert sans nom, à la proie de tous les charognards et de la décomposition.

- Aucun charognard n'est venu souiller sa dépouille, fit remarquer doucement Henry.

Je poursuivis, imperturbable :

- Il fut un homme civilisé et respectable comme chacun de nous ! Regardez son pantalon, son veston, sa chemise ! Il a même une montre ! Cherchons dans ses papiers son identité et creusons lui une tombe. »

Nous votâmes. Henry ne se prononça pas, Alice tint à poursuivre notre route le plus vite possible, et Percy et moi-même défendîmes le droit à la sépulture de notre inconnu. Percy sembla hésiter à s'opposer à la douce Alice dans l'état d'énervement inhabituel où elle était. En outre, il devait craindre qu'elle ne se décide à repartir seule sur un coup de tête, nous laissant avec notre mort sur les bras.

L'homme s'était appelé Henri Désir, il était français. Henry ne sembla pas réagir à la ressemblance de leurs prénoms. A un moment donné, Percy chercha mon regard tout en lorgnant d'un oeil sur la montre gousset qui dépassait de la poche du joli veston. Comprenant son dessein je m'emportai contre lui, m'indignant de cet éclair de méchante cupidité qui ne savait pas même s'arrêter aux poches d'un mort.

« N'as-tu donc de respect pour rien, Percy Weyland ? Viendras-tu fouiller ma dépouille, celle de ton frère et de ta femme pour y glâner ta fortune ? Loin d'ici, misérable. Henry, as-tu fini de creuser ? »

J'aidai mon ami à achever l'ouvrage, puis descendis avec lui dans la fosse pour installer Monsieur Désir dans sa dernière demeure. Ceci fait, nous le recouvrîmes de terre et tracèrent une croix dans le sable, au-dessus de son nom. Je murmurai quelques prières dont les mots s'effilochèrent dans le vent qui se levait. Alice était restée en retrait, mais s'avança tout de même à ce moment pour faire un signe de croix et rendre un hommage silencieux à cet homme qu'elle n'avait pas connu. Peut-être à cause de ce geste, seul sincère parmi ceux que nous autres hommes reproduisîmes, mourut-elle la première.

La nuit venait. Nous installâmes notre campement à quelque deux cents mètres de la tombe, conformément au voeu silencieux d'Alice. Nous dressâmes des paravents pour protéger notre feu du vent qui faisait claquer et gonfler les toiles. Nous mangeâmes rapidement une de ces affreuses mixtures en bocaux que Percy conservait dans ses bagages, et nous allongèrent en rayon autour du feu. Tandis que Percy chantait doucement une berceuse pour Alice, je contemplais, au creux de mon duvet, le reflet des mots « Henri Désir » gravés dans le laiton d'une montre à gousset.

vendredi 18 janvier 2008

The Time Bishop (Part 3)

Pour 17 seul sait quelle raison, j'ai zappé la partie 2 qui était sensée être du point de vue de Aaron Ketton, le boss (qui se rend compte qu'il s'est fait baizer comme un bleu). J'ai juste eu envie d'écrire directement cette partie... Dommage pour ceux qui aiment la linéarité :-/ Pour une raison encore plus obscure, j'ai voulu écrire ceci à la première personne ! Dans un souci de cohérence, je réécrirai... peut-être... la première partie à la première personne. J'ai essayé une fois, c'était pas joyeux.
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La porte de mon cachot s'ouvrit en grinçant, et me réveilla du coup.
« Bonjour. Lève-toi. Marche devant. Prends à droite ici. Entre. Assieds-toi. »
Elle se tenait à ma gauche, debout contre la cuisinière, les bras croisés sur la poitrine. Elle me regardait.
Les yeux mi-clos, je peinais à émerger de mon sommeil.
« Tu veux manger ? »
Quelques minuites plus tard — mais ce fut peut-être plus long que dans mon souvenir — deux hommes entrèrent dans la pièce.
« Bonjour, Hank — restez assis, ça va. Je suis Alec Seerf, et voici le docteur Herveert. (ils firent le tour de la table, celui qui parlait s'assit en face de moi, et l'autre à droite) Terminez votre soupe, cela ne nous dérange pas. Vous devez mourir de faim. »
J'acquiesçai d'un sourire hésitant qui devait ressembler à un rictus de douleur.
« Sans doute vous posez-vous beaucoup de questions sur ce qui vous arrive, ce que vous faites ici, qui nous sommes ou ce que nous vous voulons... (j'acquiesçai à nouveau en avalant une cuillérée de soupe) Mais avant que nous ne donnions à ces questions les réponses qu'elles méritent, il faut que vous nous rapportiez précisément tout ce qui vous est arrivé ces deux derniers jours, à votre façon. »
Je reposai ma cuiller dans mon assiette vide. La femme restée debout tendit la main vers celle-ci en m'interrogeant du regard : « Non, plus tard. Merci. » Elle me débarassa, avant de prendre place à son tour autour de la table. Les coudes plantés sur la nappe verte trouée, les mains aux doigts repliés serrées contre ses joues, son visage baigné de la lumière poussièreuse dispensée par l'ampoule nue pendue au plafond, elle fixait sur moi ses grands yeux ternes, avides de mon récit.
Je passai une main froide sur ma bouche, me frottai les yeux, m'étalai sur le dossier de ma chaise avant de revenir sous la lumière, entre ces trois visages aux expressions si différentes : l'intérêt silencieux du docteur Herveert, qui retenait à grand peine ses questions, Alec Seerf calme et attentif, et elle... doucement timbrée.
Je commençai.

samedi 12 janvier 2008

The Time Bishop - Prologue (Part 0)

"Hank Nolan est mort

Hier matin, une équipe de bénévoles déterminés à nettoyer le fond de James River en amont de Scotland, ont dragué par hasard le corps d'un homme d'une quarantaine d'années. Les médecins légistes ayant procédé à un examen dentaire ont établi avec certitude qu'il s'agissait de Henry Earl Nolan, ingénieur informaticien du Wisconsin, déclaré disparu depuis 84 jours.
Cependant l'état de décomposition avancée du corps semble indiquer qu'il gisait au fond de l'eau depuis au moins deux ans."

Scotland Morning, le 4 avril 20...

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La partie 3 devrait arriver rapidement. En fait elle est prête depuis avant la MNY (notepourlespoulets : le nouvel an à Paris avec la Marmotte), contrairement à celle-ci qui fut écrite ce matin... Pendant un partiel de 4h où mon principal problème fut le manque de temps :ROLL: Tout ça pour bien vous faire comprendre à quel point
1. je suis organisé
2. je transmets toute mon organisation à ce projet, dont l'idée fondatrice est, je crois, de partir en couille de boeuf (oui de boeuf)

Stay tuned.

samedi 1 décembre 2007

The Time Bishop (Part1)

Erreur:

Erreur du programme


Veuillez redémarrer votre station de travail


Erreur:

Erreur du programme


Veuillez redémarrer votre station de travail


Erreur:

Erreur du programme


Veuille_


Hank ne laissa pas le troisième message d'erreur s'afficher en entier. Exasperé, il pressa le bouton Reset de l'antiquité qui lui servait d'ordinateur.

Trois jours. Trois jours qu'il essayait de réparer cette foutue bécane, et qu'il n'arrivait à rien d'autre qu'afficher ce foutu message sur son foutu écran. Un écran plat vingt-quatre pouces dernier cri, branché sur cette ridicule boîte à chaussures décorée de diodes clignotantes comme une soucoupe volante... Il y avait là une espèce d'ironie détestable.

Hank termina son quatrième café de la matinée, et alla se dégourdir les jambes. Enfin, « dégourdir » est un bien grand mot : enfermé dans un appartement miteux, sombre, crade, presque enterré sous terre, il n'avait pour lieu de promenade que la pièce principale et la minuscule cuisine, plus crade encore que le reste. On lui avait laissé assez de nouritture et de matériel pour pouvoir travailler en autarcie totale jusqu'à aboutissement. Ses « employeurs » avaient été on ne peut plus clair : il ne devait pas sortir de là tant qu'il n'aurait pas réussi à tirer de l'antique calculateur les informations dont ils avaient besoin. Pas un pas dehors, pas un coup de fil, pas une visite avant l'accomplissement de sa part du travail. Et plus ça allait, plus il avait l'impression qu'il ne verrait plus jamais la lumière du jour...

L'ingénieur posa un regard implorant sur l'ordinateur trônant sur son bureau. Eventré, ses tripes répandues devant le clavier, il restait insensible aux tortures que lui faisait subir Hank. Ce dernier avait désencrassé la carcasse et les circuits, changé presque toutes les pièces non porteuses de données, ressoudé ou remplacé certains fils dévorés par les rats... Mais rien à faire, rien n'avait changé dans le message d'erreur affiché à la moindre pression sur uen touche du clavier.

« Pourquoi tu me fais ça, dis... ? C'est à moi que t'en veux ? Je t'ai pas fait chier, moi, j'ai rien à voir dans cette histoire ! Je ne suis qu'un professionnel qui fait son travail... soupira Hank. Puis il se reprit : Tu touches le fond mon vieux, non seulement tu parles à un ordinateur mais en plus tu lui mens. »

Hank marcha jusqu'au mur et regarda par la fenêtre : un mur de briques se trouvait de l'autre coté, mais des trente derniers centimètres en haut filtrait la lumière du jour, la lumière de la rue. S'il était vraiment déséspéré, il pourrait toujours s'enfuir par cette issue, mais il lui faudrait encore briser la fenêtre, qui était condamnée.

Un 'tilt' sonore retentit. Hank mit un instant à réaliser que cela venait de l'ordinateur. Ahuri, il se précipita vers son bureau pour regarder l'écran.


>Bonjour.


Hank contempla ce mot avec une perplexité incrédule pendant quelques secondes. Puis il s'assit lentement sur sa chaise et approcha ses mains du clavier. Il les referma, les frotta l'une contre l'autre, cligna des yeux plusieurs fois. Puis il tapa un mot, et appuya sur Entrée.


>Bonjour


A peine une seconde plus tard un autre message apparut en dessous des deux autres, accompagné du même 'tilt' :


>Êtes-vous Hank Nolan ?


Le dos de l'intéréssé se raidit, ses yeux s'écarquillèrent. Il ouvrit la bouche, mais se contenta de penser :

« Bon sang, qu'est-ce que c'est que ça ? »

Il vérifia la connectique : seuls l'alimentation et l'écran étaient branchées sur l'unité centrale. De toutes manières, il ignorait s'il y avait seulement une prise téléphonique dans cet appartement. Il jeta un oeil dans la carcasse éventrée, avant de se demander ce qu'il croyait pouvoir y trouver...

« Il y aurait une carte Wi-Fi là-dedans ? Non, je l'aurais trouvée en décortiquant la bête... Un programme d'intelligence artificielle peut-être. »

Un 'tilt' retentit à nouveau.


Nous manquons de temps, Mr Nolan.


Il songea qu'il ferait mieux de prévenir tout de suite ses employeurs et leur demander quoi faire. Mais la curiosité l'emporta, et il choisit de poursuivre l'échange pour tenter de déterminer s'il s'agissait ou non d'un programme.


>C'est moi. Qui êtes vous?

>Cela n'a aucune importance pour l'instant.

Vous êtes en danger.


« Je vais faire une connerie si je continue... Allez, je les apelle. »

Il prit à côté de l'écran le téléphone sans touches et décrocha le combiné. Le numéro automatique se composa, et la première sonnerie retentit.


Reposez le combiné Hank


Son sang se glaça dans ses veines. Deuxième sonnerie. La pièce était silencieuse, vide hormis lui-même, son bureau et ce qui lui servait de lit. Nulle part où son interlocuteur eût pu se cacher. En haut de la fenêtre, on voyait passer les formes floues des jambes des piétons. Sa main gauche s'agita maladroitement sur le clavier. Troisième sonnerie.


>Ou êts vosu ?

>Reposez-le, il en va de la vie de votre fille


La quatrième et la cinquième sonnerie retentirent sans que Hank ne bouge un muscle de son corps. Tétanisé, il ne savait plus que faire.


ainsi que de votre soeur. molly et agatha courrent le même danger que vous

et que moi


A l'autre bout du fil, quelqu'un décrocha.

« Allô, fit la voix grave et rauque d'Aaron Ketton.

Les yeux rivés sur les dernières lignes de la conversation, Hank réfléchissait à toute allure sans parvenir à formuler une pensée claire.

- Allô, Nolan ? C'est vous ? Vous avez trouvé quelque chose ?

Hank écarta le combiné de son oreille et le regarda, bouleversé et indécis.

- ALLO ! Nolan, ne croyez pas ce qu'il v...

Hank raccrocha d'un geste si brusque qu'il manqua casser le combiné.


>Je vous préviens que si vous êtes en train de vous payer ma gueule, vous allez le regretter. Dans quelques secondes, ce téléphone va sonner, et si d'ici là vous ne m'avez pas donné d'excellentes raisons pour ne pas décrocher, je répondrai aux questions de mon employeur avec la plus grande franchise qui soit.



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Bon je sais c'est pas très original, et mon perso a l'air un peu nouille parfois, mais j'espère que ça vous a plu... ^^ Je sais ABSOLUMENT PAS de quoi pourrait être faite la suite, donc pour éventuellement continuer, euh...

Edit : Mille mercis à Eilraet, qui accepte que je fasse de son expression brevetée (enfin presque) le titre de mon machin. Bisous !!!